CAN 2019: l’Afrique du Sud, un candidat à court de liquidités

Seul pays en lice face à l’Égypte pour recevoir la Coupe d’Afrique des nations en juin prochain, l’Afrique du Sud offre toutes les garanties logistiques au bon déroulement du tournoi. La nation arc-en-ciel connaît ces organisations à la dernière minute. Elle avait déjà suppléé la Libye en 2013. Cependant, la Fédération de football et le gouvernement sud-africain s’inquiètent du coût pour l’organisation de la compétition. Les deux instances se disent à court de financements.

Il n’aura pas fallu longtemps à la Fédération sud-africaine de football (SAFA) pour déclarer son intérêt après le retrait de la compétition au Cameroun le 30 novembre dernier.

Dès le lendemain, le président Danny Jordaan prenait la parole : « La CAF nous a dit que le pays qui l’emporterait serait celui qui présenterait une solution prête à l’emploi. Regardez autour de vous. Ici, ils n’auront qu’à amener leurs ordinateurs, les brancher et assister aux matches. »

Les infrastructures les plus modernes du continent

Pas de doute, depuis 2010, l’Afrique du Sud détient les infrastructures les plus modernes du continent. Un réseau de transport irréprochable, des hébergements aux normes, ainsi que des stades dignes des grandes nations de football. De Johannesburg au Cap, en passant par Durban, huit enceintes peuvent accueillir plus de 40 000 spectateurs par rencontre.

Mais l’attribution de la CAN est aussi question de volonté politique. Et de ce côté-là, l’Afrique du Sud s’est montrée plutôt frileuse. La SAFA, dans un premier temps enthousiaste, attend toujours aujourd’hui un soutien total du gouvernement.

La ministre des Sports Tokozile Xasa annonce que le pays veut bien accueillir la compétition à condition que le gouvernement n’ait pas à débourser un centime. Elle attend de la CAF un plan de dépenses très précis. « Ce ne doit pas être à nous de candidater en bon et due forme, commente la ministre. Il était très clair pour la CAF que s’ils nous demandaient d’organiser la compétition, c’est à eux de nous faire une offre. »

À la recherche de financements

Le coût d’organisation du tournoi est estimé à environ 10 millions de dollars selon le directeur général de la SAFA, Russell Paul. Un financement que ni la SAFA, ni le gouvernement ne sont prêts à mettre sur la table. D’autant que l’Afrique du Sud traverse une période difficile. Le pays est officiellement entré en récession économique en septembre dernier. Une baisse du PIB de 0,7% qui constitue une première depuis une décennie. RFI a pu consulter le dossier de candidature et il ne comporte aucun budget.

Pourtant, l’expérience de 2013 devrait pousser l’Afrique du Sud à accueillir de nouveau la principale compétition continentale. La Fédération sud-africaine de football avait réalisé un bénéfice net de 360 000 dollars. Le secteur du tourisme avait lui aussi connu une hausse de 3,9% cette année-là.

Pour financer le tournoi, la SAFA pourrait alors demander une participation aux villes hôtes, d’après le commentateur vedette de la télévision sud-africaine, Mark Gleeson. « La Fédération a la possibilité de faire participer les villes hôtes, avance-t-il. Les huit villes dépenseraient chacune environ un million et demi de dollars. C’est une pratique courante en Afrique du Sud. Les grandes villes du pays sont en concurrence pour recevoir les matches des Bafana Bafana et doivent payer pour accueillir les Verts et Jaunes. »

Les Bafana Bafana, mal-aimés du public

Du côté des supporters, pas d’euphorie. Pour s’en rendre compte, il suffisait de marcher dans les travées du grand FNB Stadium samedi 5 janvier, qui recevait l’une des affiches du championnat entre les Kaizer Chiefs et les Mamelodi Sundowns. Peu de fans savaient que leur pays était en lice pour accueillir le tournoi. La plupart seraient ravis de recevoir la compétition. « Bien sûr, je viendrai voir les matches, assure Kabetswe, 22 ans. Je viendrai pour voir des grands joueurs étrangers comme Pierre-Emerick Aubameyang ou Mohamed Salah. »

L’enthousiasme se cantonne aux grandes nations africaines du football. Pour ce qui est des Bafana Bafana, le désintérêt des Sud-Africains est patent. Si bien que lors du match de qualification pour la CAN contre le Nigeria en novembre dernier, le grand FNB Stadium sonnait creux. Seulement 15 000 spectateurs avaient fait le déplacement, parmi lesquels au moins de 10 000 Nigérians….

Un désamour né d’une mauvaise campagne de qualification pour la Coupe du monde en Russie. Les Bafana, équipe au gros potentiel, ne parvient plus à confirmer. L’organisation de la CAN serait d’ailleurs bienvenue dans la nation arc-en-ciel, car les coéquipiers de Lebo Mothiba ne sont toujours pas mathématiquement qualifiés et sont encore dans l’obligation d’aller valider leur ticket face à la Libye en mars prochain lors de la 6e et dernière journée de qualification.

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