Pédophilie dans l’Eglise: à Lourdes, les évêques à l’écoute des victimes

A Lourdes, ville du sud-ouest de la France, s’ouvre ce samedi matin 3 novembre la traditionnelle Assemblée d’automne de la Conférence des évêques de France. Elle sera cette année très focalisée sur les scandales sexuels qui secouent l’Eglise. Huit victimes vont prendre la parole. Une première.

C’est dans un climat particulièrement lourd que s’ouvre cette assemblée d’automne de la Conférence des évêques de France. Elle est cette année marquée par les affaires d’abus sexuels, les récents suicides de deux jeunes prêtres et la condamnation mardi dernier à un an de prison ferme de Mgr André Fort, évêque émérite d’Orléans, pour ne pas avoir signalé un prêtre de son diocèse accusé d’atteintes sexuels sur mineurs.

Cette question des abus sexuels au sein de l’Eglise était au programme des dernières assemblées. Mais pour la première fois, sera présent un petit groupe de victimes que les évêques entendront lors d’une réunion à huis clos qui donnera ensuite lieu à une conférence de presse conjointe en fin de journée.

Il aura fallu attendre plusieurs années pour que ce face-à-face officiel ait lieu. Certes, des cellules d’accueil et d’écoute ont été mises en place dans les diocèses depuis 2017. Mais il aura fallu la révélation de nouveaux scandales à l’étranger, notamment au Chili et aux Etats-Unis, la pression d’associations de victimes et celle des médias pour que les évêques acceptent de franchir cette nouvelle étape.

« Pas là pour faire la communication de la Conférence des évêques »

La principale association de victimes, La Parole libérée, ne sera cependant pas au rendez-vous. Son fondateur François Devaux espérait intervenir dans l’hémicycle, devant l’ensemble des évêques ; c’est un format beaucoup plus discret qui a été choisi, celui de groupes de parole.

« Beaucoup d’évêques ont couvert pendant très longtemps des faits de pédophilie. Et aujourd’hui, je n’ai entendu aucun évêque avoir une prise de parole à la hauteur du fléau auquel l’Eglise de France est confrontée. Visiblement, faire une intervention devant la plénière de Lourdes crée suffisamment de dissensions pour qu’ils la refusent », regrette François Devaux.

Olivier Savignac, victime dans son enfance d’un prêtre pédophile, sera pour sa part bien présent à Lourdes. Lui non plus ne mâche pas ses mots. « Aujourd’hui, ce qu’on attend, ce sont des actes et pas simplement des propos. On n’est pas là pour servir la communication de la Conférence des évêques de France, prévient-il. On est là comme victimes pour être reconnus, faire entendre aussi la voix de ceux dont les affaires sont prescrites, mais pour qui la souffrance est toujours là. Je crois qu’on est là vraiment pour remettre toutes ces personnes au centre. »

Les victimes attendent également des actions concrètes de prévention et de réparation, y compris la création d’un fonds d’indemnisation.

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